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07 Fév. 2020

Depuis 10 ans, l’association Culture Papier promeut le développement durable du papier au sein d’un écosystème circulaire. Longtemps inaudibles étouffées par l’utopie d’un numérique dématérialisé et conquérant – les valeurs sociétales du papier doivent favoriser le meilleur du pixel et de l’imprimé. Loin d’être un combat d’arrière-garde, c’et pour Olivier le Guay, son Délégué Général, un réenchantement du futur. 

Vous remarquez que les idées reçues qui font du papier un bouc émissaire du gaspillage généralisé en énergie et en ressources naturelles – résistent de moins en moins face à la réalité de la filière bois-papier, ni à celle de l’impact environnemental du numérique ?

Deux paradigmes ont changé ; le bois et le papier sont enfin considérés comme un matériau du futur, naturel, renouvelable, traçable et recyclable. Et le mythe d’un numérique « cloud » dématérialisé est balayé par la réalité de son empreinte environnementale.

Ceux qui encensait le bois comme matériau naturel de construction, mais considéraient le papier comme du gaspillage réhabilitent enfin les qualités du papier. D’autant que son écosystème est l’un des premiers contributeurs à l’entretien et au développement des espaces forestiers. La forêt européenne croît chaque année de 660 000 hectares.

Pourquoi avoir commandité au cabinet E&Y la première évaluation de ‘L’Empreinte socio-économique de l’écosystème du papier graphique en France’ ?

L’étude, soutenue par quatre fédérations (COPACEL, UNIIC, SDD, FEDEREC) est la première à évaluer son empreinte socio-économique :  311 590 emplois en France, 16,9 milliards d’euros (0,7 %) du produit intérieur brut (PIB) français qui permettent à l’Etat de percevoir 1,3 milliards d’euros de recettes fiscales, hors TVA.

Permet-elle aussi d’évaluer les externalités positives, directes, indirectes et induites dans l’économie française et son apport aux territoires ?

L’écosystème comprend, de l’amont à l’aval : les forestiers, les papetiers, les intermédiaires, les imprimeurs, les distributeurs de produits finis et les entreprises de collecte et de gestion des déchets. Les retombées sont importantes : 78 % de ces emplois directs sont soutenus auprès des producteurs et distributeurs de papier graphique, 16 % (emplois indirects) sont soutenus au sein de la chaîne de valeur, c’est-à-dire par les fournisseurs de ces entreprises et leurs fournisseurs, et 6 (emplois induits) sont soutenus par les dépenses des ménages permises par les salaires des emplois directs et indirects.  Les usages du papier graphique ne peuvent se considérer indépendamment les uns des autres. Par exemple, l’imprimé publicitaire participe au modèle économique de la presse magazine en amortissant les investissements techniques des imprimeurs. Une disparition accélérée de l’IP entraînerait rapidement l’effondrement de filière touchant la presse, puis le livre.

Culture Papier insiste pour que le papier et l’imprimé ne soient pas seulement considérés comme des enjeux économiques et sociaux, mais aussi des enjeux sociétaux ?

L’objet imprimé facilite l’apprentissage en profondeur comme le montrent les études cognitives et favorise la déconnexion et le temps long. Les qualités du papier pour la pérennité du patrimoine écrit, sa conservation en bibliothèques ont fait leurs preuves, elles œuvrent désormais pour la protection des données personnelles et de la vie privée des citoyens. Les réseaux de distribution du papier (livre, presse) et de recyclage renforcent de véritables liens sociaux et locaux entre les acteurs. Enfin, le papier est un modèle d’économie circulaire : de l’arbre jusqu’à la corbeille, de l’éco-conception jusqu’au tri et recyclage.

Pourquoi revendiquez-vous aussi la nécessité d’une sobriété numérique tant environnementale que sociétale ?

Le numérique a pris un retard énorme sur le papier en termes d’économie circulaire. Le report systématique -souvent à marche forcée- du papier sur de nouveaux canaux de diffusion, notamment digitaux s’effectue au nom d’une « dématérialisation » inexistante dans les faits. Le soi-disant ‘cloud’ représente 4% des émissions de pollution (CO2) de notre civilisation, soit l’équivalent de l’aviation civile. Sa consommation énergétique augmente de 9% par an dans le monde comme le montre les études convergentes des associations GreenIT, The ShiftProject, Digital for the Planet, … Le numérique est énergivore et participe à l’épuisement de ressources naturelles non renouvelables, en particulier les métaux et terres rares. Avec un taux de collecte très faible des matériels numériques et une consommation énergétique exponentielle notamment à cause de la vidéo en ligne (80% du trafic mondial), il est temps d’intégrer une nécessaire sobriété numérique.

Quelle est votre feuille de route pour cette nouvelle décennie auprès des décideurs qu’ils soient publics ou privés ?

Il s’agit d’engager trois dynamiques prioritaires :

  • Fédérer toutes les parties prenantes du papier et de l’imprimé pour revendiquer et promouvoir un rôle d’acteurs de la croissance verte par un usage responsable et recyclable du papier et de l’imprimé. D’autant plus incontournable que près de 20% des Français sont éloignés du numérique (13 millions en situation d’illectronisme).
  • Faire de la pédagogie collective pour des alternatives responsables face à l’addiction avérée des écrans et leur captation du temps disponible. En outre, l’imprimé constitue plus que jamais une alternative démocratique pour contrer la manipulation des réseaux sociaux et le contrôle des pouvoirs, la domination de l’immédiateté et l’altération de l’attention.
  • Développer sa vocation de soutien et de laboratoire d’idées de la filière : revendiquer le Papier au futur, c’est valoriser le rôle résilient d’une ressource naturelle, renouvelable et recyclable pour une économie décarbonée.
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